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La force de frottement

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire ici mon retour d’expérience à propos des forces de frottements qui ont freiné mon développement personnel. J’ai mis des années à comprendre comment ces forces me limitaient dans mon épanouissement tout autant qu’elles me faisaient voir le monde sous ses aspects les moins positifs.

Se déprogrammer pour accéder à la liberté de penser, au niveau le plus haut de la pyramide de Maslow, fait mal. Cela ne se fait pas sans accepter que les non succès sont une composante de la progression, que le changement et l’acceptation ne sont pas des options. Arriver à gérer ses émotions, parvenir à prendre des risques, implique d’accepter de sortir de sa zone de confort, et pour cela il faut réussir à s’affranchir de l’enfance et des croyances.

On n’échappe pas à ce que l’on est, ce que l’on ressent, nous sommes limités par nos expériences. J’ai eu la chance de croiser mon mentor alors que j’étais adolescent. Cette rencontre me fut salutaire car à ce moment de ma vie ou je me construisais, il m’a compris et permis d’évoluer. 30 ans après notre rencontre je lui suis toujours reconnaissant d’avoir eu cette empathie envers moi.

Aujourd’hui je mesure le chemin parcouru, et je suis presque totalement affranchi de ce qui me retenait. Mon esprit est maintenant libre des contraintes passées.

J’essaie de prendre la relève de mon mentor, et d’aider les autres à progresser. Les sociopathes adorent identifier les failles émotionnelles des humains à émotion, pour les exploiter à leur avantage: j’ai connu ces personnes, fortes avec les faibles et faibles avec les forts. Ma démarche est l’inverse, j’aime comprendre les difficultés de mes proches pour les qu’ils les acceptent et progressent.

Il est peut-être encore plus difficile d’amener les autres à sortir de leur zone de confort que de le faire pour soi-même, car les risques d’échecs sont grands. Pour illustrer mes propos, je peux témoigner d’une expérience personnelle assez révélatrice des forces de frottements émotionnelles dont ce texte est l’objet, et de la difficulté de s’en affranchir.

Voici cette expérience.

J’étais déjà revenu d’Asie au moment où se déroule cette histoire, j’étais déjà consultant dans le monde de l’informatique. J’ai fait la rencontre de Tania, une belle femme a la peau foncée, et dont la rencontre ne me laissa pas indifférent.

En effet, Tania correspondait en tout point à l’image de la femme que je recherchais. Sa personnalité, son parcours, sa pudeur et ses silences me plaisaient. Nous étions dans le même secteur d’activité, qui est un secteur déshumanisant et impersonnel, nous venions tous les deux de la même région et avions même étant jeunes étudié dans la même ville à la même époque.

Je lui ai fait la cour dès nos premiers échanges. Pour séduire Tania, je suis resté à son écoute et j’ai compris la complexité de sa personnalité, ses voyages passés mais également les difficultés qu’elle avait et devait surmonter. Sa maman traversait une période de longue maladie à l’issue incertaine, beaucoup des responsabilités familiales lui incombaient, et surtout elle doutait sur de nombreux sujets. Son entourage et elle-même avaient enduré le regard distant des habitants d’un petit village envers une famille de couleur. Sa réussite professionnelle, sa capacité de séduction, son physique sont certains des sujets de préoccupation qu’elle m’a partagés.

Au-delà de cette découverte, j’ai partagé avec elle mes propres difficultés, mais je lui ai également fait part de moments d’émotions forts qui étaient importants à mes yeux. Le regard d’un dauphin, mes découvertes en Asie, mes investissements, ma démarche personnelle de progresser chaque jour. Par cette façon d’échanger, je souhaitais susciter des émotions, et donc positionner notre relation sur la base et le ton d’échanges plus personnels qu’une simple aventure passagère.

Tania me confia trouver dans nos échanges l’écoute qu’elle ne trouvait pas chez d’autres personnes, et plus encore elle trouvait dans cette relation naissante le moteur d’un enrichissement personnel. Elle comprenait que ses précédentes rencontres étaient insipides, et tournées vers la satisfaction personnelle plus que vers l’épanouissement commun, sans réelle considération ni empathie, sans sincérité.

Notre relation se concrétisait, et j’étais pleinement épanoui. Nous nous promenions dans un parc tout proche, et dans nos emplois du temps respectifs nous trouvions le temps de nous rendre disponibles. Nos échanges étaient libres et ouverts, dans l’empathie et la compréhension, projetés vers la planification de la prochaine rencontre, de la prochaine escapade hors de Paris.

C’est à son retour de vacances en province que cette situation idyllique trouva un revirement inattendu. Tania ne répondit plus à mes messages, et devant ma demande non pas de justifications mais d’explications, elle m’avoua finalement mettre fin à notre relation car elle était trop personnelle, qu’elle faisait trop écho à des sujets très personnels. Tania me disait également avoir finalement la préférence pour plus de simplicité, et en substance de rencontres plus légères, moins personnelles. Son choix était donc de revenir à sa recherche initiale, qui a défaut d’être constructive, apporte l’immédiateté d’un regard désireux et sans contrainte.

L’ampleur et la densité des sensations que je ressentis en comprenant la situation furent un moment douloureux. Ils étaient le pendant négatif des sentiments forts que je ressentais quelques jours seulement avant cela. L’incompréhension fut totale, j’avais du mal à comprendre comment notre projet commun était maintenant balayé par cette préférence pour des rencontres ponctuelles et sans lendemain. Je fut saisi par la brutalité que je ressentis quand tout s’arrêta.

Je relus nos échanges passés en cherchant des explications, ce qui était difficile car chaque lecture des échanges chaleureux contrastait avec la brutalité de la rupture.

Je finis par en tirer plusieurs enseignements. Le premier enseignement fut que je me remis en cause: c’est peut-être mon égo qui m’a poussé à penser avoir la même importance aux yeux d’une femme, qu’elle n’en avait pour moi. Peut-être n’ai-je pas vu les signaux faibles qui peut-être étaient implicites, mais présents.

Mais surtout, j’ai compris à quel point Tania avait surement été confrontée à ses propres interrogations, à ses forces de frottement émotionnelles. Me donner une explication lui a surement été douloureux. Ce sont ces forces émotionnelles qui lui ont fait privilégier l’émotion d’être désirée par un homme nouveau à l’occasion d’une relation éphémère, à la construction stable d’une relation dans laquelle elle était amenée à se reconnecter au monde.

Mon propos ici n’est pas de porter un quelconque jugement sur les motivations de Tania, je ne les comprenais pas tout en les respectant. Je reste convaincu que Tania ressentira tôt ou tard une lassitude des rencontres sans lendemain, et qu’elle sera alors dans une recherche d’épanouissement. Le moment de se déprogrammer pour accéder à la liberté de penser sans les forces de frottement n’était pas venu lors de notre rencontre.

Mon propos est d’illustrer que la remise en cause est difficile, si difficile qu’elle peut amener à rejeter l’expression de sentiments sincères mais douloureux car ils représentent la fondation d’un changement personnel, ou encore à mettre en lumière le chemin restant à parcourir.

Ça n’est pas parce que les gens sont faibles qu’ils ne veulent pas entendre parler de leurs émotions, Tania est une femme forte cependant son passé, son entourage, ses croyances sur ses supposés défauts physiques (que je n’ai pas vus), la pression d’une profession déshumanisante, l’épreuve de sa maman souffrante, l’espoir d’une vie meilleure aux USA, sont autant de raisons pour, peut-être, repousser à plus tard ce travail sur soi qui nous attend tous.

La réalité a la forme qu’on lui donne en fonction de notre ressenti émotionnel, il me reste encore du chemin à parcourir pour que ce ressenti soit totalement le fruit de mes choix et de mes expériences, et non d’un passé culturel hérité et construit par d’autres.

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Je jardine, donc je suis

La bascule de ma vie Parisienne pour une vie entre Dieppe et Paris a profondément influé positivement sur mon bien être. Vous remarquerez l’importance de la sémantique : je ne suis pas entre Paris et Dieppe, mais entre Dieppe et Paris. La nuance est de taille, je me sens et je suis Dieppois, fièrement. Non pas que le lieu seul suffise à transformer une situation, mais surtout il m’a permis de concrétiser et de mettre en pratique ce que j’étudiais dans les livres jusqu’alors, le jardinage.

En réalisant mon jardin je me suis réalisé, rien moins que ça. Tous mes proches connaissent cette envie qui m’anime de me rendre dans mon jardin, de constater l’avancement des plantations ou les dégâts causés par les oiseaux ou limaces, de humer l’air matinal baigné des senteurs mêlées d’herbes et d’humus (et aussi des senteurs de café de l’usine Nestlé que les Dieppois connaissent bien, mais c’est une autre histoire..).

Pour expliquer pourquoi j’aime jardiner, je ne vous ferai pas l’affront de m’auto-congratuler quant à ma modeste participation à un monde plus écologique, plus respectueux de l’environnement et plus local. Mon bilan carbone est catastrophique, je n’en suis pas fier mais c’est une réalité. Mes nombreux déplacements professionnels, mes allers et retours entre Paris et la Normandie, mon gout prononcé pour la viande rouge, ne font pas de moi un moteur de la transition écologique.

Maintenant que je jardine, j’ai remarqué des similitudes très fortes entre ma façon d’organiser mon jardin et ma personnalité. Mon potager n’est pas ‘classique’, il n’est pas une étendue lisse de terre sur laquelle aucune herbe ne pousse, il n’est pas propre dans le sens ou un nettoyage n’y est pas effectué. Mon jardin ressemble plus à une zone où se mélangent les légumes, les fleurs, mais également du foin étalé au sol, une zone ou les déchets de la cuisine nourrissent les insectes et limaces, les bricolages faits de matériaux de récupération pour soit mettre en place un système d’arrosage, soit créer une serre pour les légumes du soleil.

Un pied de bourrache
Un pied de bourrache de mon jardin, ou les fleurs cotoient les légumes

Je constate donc que mon jardin correspond parfaitement à ma personnalité, une zone de créativité qui s’affranchit parfaitement du regard des voisins qui pour certains le trouvent original. Je suis mon jardin, il est à mon image. Je vous avoue ne plus avoir le même regard sur les jardiniers qui ont pour principe la propreté absolue, l’éradication de tout insecte non productif pour la toute prochaine récolte, ou encore l’utilisation de produits chimiques. Loin de moi l’idée de critiquer ou de porter un jugement de valeur, cependant les perceptions divergent… beaucoup.

Ainsi, étant le reflet de ma personnalité, je conçois le jardinage comme un moyen d’expression permettant à quiconque regardant la ‘zone’ de comprendre qui je suis. Un jardin ne ment pas, il reflète le laisser aller de son propriétaire comme le cas échéant les attentions extrêmes qu’il lui porte.

A la différence des autres moyens d’expression, le jardin a cette particularité d’être en mouvement, vivant. Il continue d’évoluer en l’abscence de son jardinier. Contrairement au sculpteur, au musicien ou au peintre, le jardin n’a jamais de fin, il n’est jamais terminé, jamais abouti. Je ne fais ici pas référence bien sûr aux jardins de Le Nôtre qui respectent un dessin et une organisation géométrique précise, mais bien du jardinier amateur tel que moi.

C’est donc initialement une volonté égoïste d’épanouissement personnel qui m’a amenée à jardiner, et j’avoue m’épanouir par ce loisir. Bien entendu, ce loisir s’accompagne de solides convictions sur la nécessité d’avoir une alimentation saine, de se réapproprier le cycle et le rythme naturel des saisons, ou encore de connaitre le plaisir d’offrir des légumes sains à ma famille et à ceux qui m’entourent.

Dans ce parcours de jardinier, je suis passé par plusieurs étapes. J’ai d’abord appris par des livres et vidéos, puis pratiqué et commencé à apprendre (j’apprends toujours), et je commence maintenant à m’ouvrir sur les autres en communiquant sur mes réussites et échecs, et en permettant à des néophytes de franchir le pas et eux aussi de commencer à jardiner.

Un autre aspect important du jardinage que j’avais sous-estimé au départ est qu’il me permet de marquer une pause dans ma vie de consultant travaillant trop, c’est un croche patte au temps qui passe trop vite. J’y trouve également le coté rassurant de ne plus subvenir uniquement au monde extérieur pour subvenir à mes besoins alimentaires, et comme je suis anxieux cela me permet de me sentir plus serein pour mon avenir.

Le jardinage vu par les jeunes durant de confinement.
Le dessin posté sur les réseaux sociaux qui m’a valu la désapprobation des jeunes jardiniers.

Récemment j’ai posté sur les réseaux sociaux un dessin présentant un adolescent effaré de découvrir que son grand père voulait lui faire manger des légumes cultivés dans la terre. Je l’ai initialement posté car je le trouvais drôle, et à ma grande surprise beaucoup de commentaires que je reçu venaient de jeunes qui justement se reconnaissent dans les valeurs du jardinage. Surement avons-nous en commun la plupart de ces valeurs, et je reconnais avoir eu une prise de conscience plus tardive qu’eux concernant la question environnementale. Ces réactions m’amènent maintenant à une nouvelle étape de mon raisonnement, comment démocratiser le jardinage auprès des plus jeunes? N’hésitez pas à me faire part de vos propositions..

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La confrontation des croyances et des connaissances

J’ai expérimenté à de nombreuses reprises le pouvoir des croyances, comment elles prennent le dessus sur la réflexion, sur la recherche factuelle du vrai, sur ce que d’autres ont démontré par des expérimentations ayant pris des années. J’en garde principalement trois qui sont marquantes et fondatrices de mon état d’esprit.

L’arrêt des petites pilules

La première de ces expérimentations me fut douloureuse et salutaire. Elle fut douloureuse car d’une part j’ai pour la première fois de ma vie confronté le statu quo sur le sujet concerné avec mes propres recherches (et suis donc sorti de ma zone de confort), et d’autre part car elle eut pour objet ma propre santé. A l’âge de 25 ans, il m’a en effet été diagnostiqué une maladie auto immune et incurable. Celle-ci n’est pas mortelle mais elle rend la vie difficile, les symptômes n’en sont pas physiquement visibles, cependant je les ressens au quotidien. Après plusieurs années d’un traitement de fond assez puissant, dont les doses augmentaient d’une façon exponentielle, je dû me rendre à l’évidence: mon cas ne s’améliorait pas, et la voie médicamenteuse qui m’était proposée n’avait probablement pas d’issue.

J’ai donc commencé à rechercher les avis d’autres personnes, et de fil en aiguille j’ai pris connaissance que je m’étais jusque-là contenté de faire confiance à la médecine sans vraiment chercher à comprendre les mécanismes de mon propre corps. Je réalisais ainsi que beaucoup d’autres personnes avaient un niveau de compréhension bien supérieur au mien dans la compréhension de la pathologie. Ainsi mon retard s’est comblé, j’ai beaucoup lu, et je suis finalement arrivé à une bonne connaissance de la pathologie, de ses impacts physiques et des avancées de la recherche.

Parmi les nombreux billets, blogs et articles que j’ai parcouru en quelques semaines, j’ai rapidement identifié deux modes de pensées: certaines personnes affirmaient avoir ressenti une amélioration, voir une rémission, car elles avaient modifié leur mode de vie et principalement leur alimentation. Ces personnes détaillaient, preuves à l’appui, comment l’alimentation moderne pouvait affecter l’organisme, et déclencher la réaction immunitaire, et l’inflammation qui en découle. Le second groupe de personnes, prenant connaissance des retours d’expériences de ceux qui allaient mieux, calomniaient à tout va avec des affirmations manquant terriblement d’arguments. Ainsi, je fut confronté pour la première fois à la lecture d’arguments aussi imparables que ‘Si c’était aussi facile, tout le monde le ferait‘.

Cela fait environ 15 ans que j’ai modifié mon alimentation, que je me suis réapproprié la connaissance de ma pathologie, que j’ai arrêté la plupart des anti-inflammatoires, et je me porte bien.

L’autonomie financière

La deuxième de ces expérimentations fut professionnelle. Je débutais alors ma carrière, et un jour que nous étions à la pause-café un collègue me raconta comment l’un de ses amis accumulait des appartements afin de se créer un patrimoine, un avenir. A l’époque, il n’existait pas la profusion de contenus sur internet pour se documenter sur le sujet. L’objectif de cet ami n’était visiblement pas l’accumulation de richesses, mais l’atteinte d’une autonomie financière qui permet la résilience en cas de difficultés, la possibilité de se mettre en marge d’un système économique ou l’homme est considéré comme une ressource interchangeable, docile, et pour tout dire contraint. J’ai alors réalisé que la plupart des personnes m’entourant se contentaient jusque-là de leur travail de salarié pour assurer leur niveau de vie, mais également pour se préparer un avenir. Devant mes questionnements sur la possibilité de se créer un patrimoine important quasiment à partir de rien, de nouveau je fus confronté au ‘Si c’était vrai, tout le monde le ferait‘.

Je me suis documenté et je me suis affranchi de mes croyances pour franchir le pas, sortir de ma zone de confort, et atteindre la plupart des objectifs que je m’étais fixé dans le domaine financier.

Travailler moins pour jardiner plus

La troisième expérience concerne mes loisirs, mon rapport à la nature, et le bien être que je ressens pour les loisirs extérieurs. Je vis à Dieppe, je suis l’heureux propriétaire d’un jardin depuis 2017, que je cultive principalement pour des cultures de légumes, et quelques fleurs. Ayant une sensibilité pour l’alimentation saine et naturelle, il me semblait hors de question de cultiver ce jardin avec l’apport de produits chimiques. Je précise que fait aggravant, le jardin en question n’est cultivé que pendant le week-end, ce qui ajoute des questions d’entretiens, d’arrosage, et autres sujets en rapport avec le suivi de la croissance des végétaux. De nouveau, devant ma recherche de solutions saines et sans efforts pour cultiver ce jardin, je fus confronté à une pluie de contre arguments. Le fameux ‘Si c’était aussi simple tout le monde le ferait‘ bien entendu, mais aussi ‘fantasme d’autarcie‘, ou encore ‘Si tu n’arroses pas, si tu ne désherbes pas, si tu ne t’en occupes pas tu n’auras rien‘. Devant mes arguments faisant référence aux nombreuses heures de lecture, de visionnage de vidéos sur le sujet, je me voyais opposé une fin de non-recevoir, un scepticisme courtois, bref une perception de mon projet comme étant une nouvelle originalité d’un parisien bobo ayant pour fantasme la vie à la campagne.

Vous l’aurez compris, heureusement pour moi je n’ai pas tenu compte de ces remarques et je cultive aujourd’hui sainement mon potager. Les mêmes qui me critiquaient découvrent les bénéfices de mon mode de jardinage, bizarrement ceux qui avaient les critiques les plus virulentes ne déclinent pas les paniers de légumes avec lesquels ils repartent à l’occasion de leurs visites.

Mon propos ici n’est pas d’affirmer qu’il ne faut jamais tenir compte de l’avis des autres pour prendre ses propres décisions (surtout dans le domaine médical), mais d’illustrer que tout comme en bourse ‘Les conseilleurs ne sont pas les payeurs‘. En d’autres termes, les personnes qui conseillent d’une façon tranchée et virulente ne sont pas toujours celles qui ont un regard sur le sujet qui résulte d’un travail sur celui-ci, mais plutôt de croyances qu’elles ont hérité de leur éducation, ou des limites de connaissances que leur entourage leur permet d’acquérir.

Ceux qui me connaissent comprennent maintenant d’où vient l’une de mes questions clé lorsque nous débattons d’un sujet sur lequel il y a une différence d’opinion, cette question se résume ainsi : ‘ta position est-elle basée sur ce que tu sais, ou ce que tu crois ?‘. A maintes reprises elle m’a permis de démasquer des conseilleurs qui n’étaient vraiment pas des payeurs.

Le cerveau humain n’est pas constitué pour vivre sans la croyance parce qu’il a besoin de donner un sens à son environnement (…) La connaissance est une pointe assez rare de notre état mental.

Gérald Bronner
Gérald Bronner
Gérald Bronner
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Chronique d’un espace de vie

J’ai tendance à encombrer mon espace de vie, que ce soit chez moi à Dieppe ou au travail. Je trouve mes affaires plus facilement lorsque celles-ci sont éparpillées sur le bureau et, malgré ce que tout le monde croit, je sais exactement où tout se trouve et je n’ai généralement aucun problème à le trouver, enfoui, pour ainsi dire, sous des couches de débris personnels. Je déteste quand quelqu’un range à ma place parce qu’après je ne trouve plus rien. « Il y a une place pour tout », disent mes proches, et je réponds: « Oui, et c’est là que je l’ai laissé. »

Je vis avec quelqu’un qui aime les espaces intérieurs propres et bien rangés. C’est un peu un défi pour moi. Je traverse mon espace de vie un peu comme une tornade. Immédiatement après avoir franchi la porte, j’enlève mes chaussures et les laisse bloquer la porte, j’enlève mon manteau et le laisse sur le canapé. Mon sac est négligemment déposé sur la table à manger, où sont également éparpillés les vêtements que je portais hier.

Le bazar sur un bureau
Le bazar sur un bureau… celui-ci est pire que le mien, je n’en suis quand même pas à ce stade de ‘créativité’.

L’idée préconçue courante est que les gens en désordre sont créatifs. Curieusement, mes collègues Anglais par exemple sont très créatifs, très organisés à la fois. De ce point de vue, je suis celui qui ne peut pas vraiment prétendre à beaucoup de créativité, à part bien évidemment dans la méthode spontanée dans laquelle je dépose mes affaires partout.

Heureusement, je n’ai aucun souci à laisser mes amis voir mon fouillis. Je déteste quand les gens m’invitent chez eux, s’excusent car leur salon est ‘tellement en désordre!’, alors qu’en fait il est d’une propreté impeccable. En revanche, lorsque j’invite des amis je m’excuse aussi pour mon désordre, mais parce qu’il est vraiment, vraiment important. Mon garage à Dieppe est un peu comme un site archéologique. Régulièrement il me vient un coup de sang, une pulsion de ranger les choses. Devant la tâche importante à accomplir, je déplace les choses d’un endroit à l’autre, je fais des sortes de tas d’objets auxquels je trouve des points communs. Quiconque a l’œil vif peut lire la pièce et découvrir ce que je fais pendant mon temps libre (en gros jardiner, faire du vélo, et entretenir tout ce qui touche à la vie extérieure). Ma vie privée est mise à nu.

Au cours des deux dernières années, j’ai beaucoup voyagé, j’ai passé de nombreuses nuits à l’hôtel. Je trouve invariablement que je suis le plus à l’aise dans la chambre une fois qu’elle a été personnalisée par le contenu de ma valise étalé sur le lit. A l’hotel, il y a moins de règles sur la façon de se comporter; et donc je me sens moins comme un invité temporaire et plus comme un véritable habitant. Je ne le fais pas, mais si j’ai envie que mes chaussures passent la nuit dans la salle de bain je pourrais le faire.

Je n’essaie pas de prétendre que l’on devrait permettre au fouillis de s’accumuler indéfiniment, cela se traduirait simplement par un environnement de vie sale et insalubre. Mais je pense qu’un certain degré d’encombrement est un signe que l’on est à l’aise et réconforté par l’espace de vie dans lequel on habite. Cet espace de vie est en quelque sorte habité de manière optimale.

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Désirs de Dieppe d’un parisien

Ma vie se partage entre Dieppe, Paris, et mes déplacements professionnels à l’étranger. Lorsque je m’apprête à  quitter Dieppe pour retourner en région parisienne, je suis de nouveau dans la « zone ». Cet état d’esprit transitionnel juste avant de quitter Dieppe pour Paris. Cela commence généralement pendant le déjeuner du dimanche, et ne se termine que lorsque j’arrive physiquement en région parisienne.

Je m’enfonce dans une sorte de langueur détachée, quelque part entre mélancolie et veille. Au déjeuner en famille, je suis vaguement conscient de ce qui se passe autour de moi mais je ne suis pas vraiment sûr de ce que je fais à cet endroit, à ce moment précis. Je glisse dans et hors des conversations. Quand je dis au revoir à mes voisins Dieppois, je fais comme si je ne partais que peu de temps, dans une ville voisine, alors qu’en réalité je peux rester éloigné plusieurs semaines. C’est une pensée étrange.

J’aime me promener sur le Quai Henri IV le dimanche matin. Je me sens un peu désorienté, je sais et je sens profondément que je suis prêt à partir, mais en quelque sorte ce moment à venir n’est pas encore arrivé, et en attendant je me retrouve à scruter des détails triviaux dans le paysage que je ne remarquerais pas normalement (la rougeur écrasante d’un mur de briques, pour exemple; ou le reflet du ciel dans une fenêtre) comme si je les voyais pour la première fois.

Le quai Henri IV de Dieppe
Le quai Henri IV de Dieppe

Le temps passe extrêmement lentement. Parfois, je suis submergé par le désir de Dieppe, même si je ne suis pas encore parti. Je regarde par la fenêtre du bus des parties de la ville qui me sont familières mais qui sont maintenant devenues immatérielles, irréelles, car en un jour ou deux, ces scènes se dissoudraient complètement et seraient remplacées par d’autres scènes familières et extraterrestres (dans Paris ou ailleurs en Europe).

Cette léthargie se transforme en une sorte d’attente résignée le jour de mon départ. Je me lève le matin, me douche et me prépare mécaniquement à l’inévitable attente de quatre à six heures avant le retour à Paris. Mes dimanches sont très impactés par cette attente et cet état d’esprit. J’attends patiemment que le moment soit venu de quitter la maison, puis de conduire deux heures (au mieux) jusqu’à Paris.

Je ressens la même impression lors de mes fréquents déplacements professionnels à l’étranger. A l’aéroport, une fois l’enregistrement et le contrôle de sécurité terminés, il n’y a plus rien entre moi et le temps. J’en tue une partie en parcourant les magazines, mais finalement, je dois me contenter de l’attente d’une heure, dans le salon de l’aéroport, tout seul, en essayant de lire mon magazine, mais distrait par toutes les pensées qui me traversent l’esprit. Parfois, j’essaie d’écrire, comme je le fais maintenant.

Quelques lectures ou email plus tard, il est temps de monter dans l’avion. Je rassemble mes affaires et suis le chemin prédéterminé jusqu’à ma porte et mon avion. J’occupe mon siège comme tout le monde et j’essaie de me mettre à l’aise même si je sais que je ne pourrais jamais l’être.

Enfin, l’avion décolle et tout se met alors en place. Je sais à quoi m’attendre pour les 2 ou 3 prochaines heures au moins (je vais souvent dans les pays du nord de l’Europe). Je tombe dans ma routine: film, repas, sieste, lecture sur ma tablette. Le temps passe assez vite. Lorsque l’avion a atterri je me prépare pour la course folle vers la douane, pour prendre de l’avance sur la ligne avant même qu’elle ne se forme.

Ces sentiments sont donc continus, de Dieppe à Paris, de Paris à ailleurs lors de mes déplacements, puis de Paris à Dieppe. C’est donc un sentiment accaparant, ou l’attente et l’exaltation d’être à nouveau à Dieppe ou Oslo se succèdent. C’est une zone surréaliste, entre quitter une ville qui représente une vie et ses valeurs, et arriver dans une autre.

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Dieppe, une ville baignée d’une senteur Britannique

Bien sûr je suis Dieppois, Normand, Français.. Mais j’avoue que je suis un peu Anglophile. Mais alors, qui ne l’est pas? Rappelez-vous simplement les millions de personnes dans le monde qui se sont connectées au mariage royal.. Entrez dans magasins Harrods et vous êtes submergé de touristes du monde entier, bousculant pour ramener un morceau de la Grande-Bretagne à la maison avec eux.

J’ai une fascination embarrassante pour tout ce qui est typiquement britannique. Je suppose que cela a dû être l’exposition à la culture et à l’histoire britanniques auxquelles j’ai été soumis lors de mon passage à Hong Kong. Lorsque j’ai visité le Royaume-Uni pour la première fois il y a plus de 20 ans, j’ai vécu quelque chose qui ressemblait à un retour aux sources. Voilà à quoi ressemblait un vrai London Cab! Et Buckingham Palace! Et Piccadilly Circus! Et la Tamise! Je me demande combien d’autres Dieppois, Normands, Français ou citoyens du monde ont ressenti la même chose que moi (et le ressentent toujours).

Ironiquement, la plupart de ce que les étrangers comme moi croient être typiquement britannique à propos de la Grande-Bretagne n’est guère britannique, en raison d’une saine prédisposition à la privatisation instituée dans les années 80 par le gouvernement Thatcher.

Commençons par Harrods – que la plupart des grands magasins britanniques et détenteurs de mandats royaux ont fourni en biens à la famille royale pendant la majeure partie du 20e siècle. Détenu depuis 1985 par l’homme d’affaires égyptien Mohammed El-Fayed, dont le fils Dodi El-Fayed était très célèbre dans cet accident de voiture mortel avec feu la princesse Diana, Harrods a été vendu, le 8 mai 2010, à la Qatar Investment Authority. En d’autres termes, Harrods est désormais une entreprise très Qatarie.

Un autre grand magasin typiquement britannique (et mon préféré), Fortnum & Mason, a été acquis par un homme d’affaires canadien en 1951 et est resté dans sa famille depuis lors. En vous promenant dans les étagères exquises mais légèrement exagérées de conserves et de friandises britanniques twee – toutes fabriquées en Grande-Bretagne -, vous ne penseriez jamais à deux fois aux références canadiennes de Fortnums. Ou peut-être que vous le feriez, car aucune véritable entreprise britannique ne fétichiserait et ne fantasmerait autant sur la britannicité que Fortnums. Soit dit en passant, un rapide coup d’œil dans le restaurant du dernier étage pendant son thé à guichets fermés révèle qu’il est peuplé de Chinois, d’Américains, de Russes, de Japonais, de Coréens, de Français bien sur (c’est-à-dire moi-même) et d’autres touristes. Pas un Britannique en vue.

Ensuite: le bus rouge à impériale omniprésent – le symbole national du Royaume-Uni lui-même – dément un réseau complexe d’opérateurs privatisés sous contrat pour exploiter des services de bus pour des itinéraires spécifiques dans la ville. Ces opérateurs sont diversement britanniques, Français (notre RATP – Regie Autonome des Transports Parisiens), Allemands (Arriva plc, propriété de la Deutsche Bahn) et même singapouriens (ComfortDelGro), rendant ce symbole national britannique à peine britannique! Alors que tous les bus sont tenus de conserver leur couleur rouge – les logos très subtils sur le côté du bus les trahissent.

Même la plupart des symboles britanniques – la famille royale, ne sont pas vraiment d’origine britannique, mais d’origine allemande (hanovrienne), ayant été appelée la maison de Hanovre et la maison de Saxe-Cobourg et Gotha au 19e et au début du 20e siècles avant d’être rebaptisée Maison de Windsor pendant la Première Guerre mondiale (afin de séparer la famille de ses racines allemandes).

Je fais le lien bien sûr avec les évènements du 19 Aout 1942, le transmanche, l’architecture du quartier Saint Pierre, et tous les liens forts qui unissent Dieppe et les Anglais, depuis très longtemps. Se promener dans Dieppe s’est finalement respirer un peu de cet esprit Britannique que beaucoup de Français rejettent mais qui au fond de nous nous séduit tant.

Le transmache de Dieppe qui relie la France à l'Angleterre
Le transmanche de Dieppe qui relie la France et l’Angleterre
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Un autocollant de Dieppe sur la valise.

Quand je réfléchis à ma dernière année (et demie) de voyages constants, il est clair pour moi que 2019 et 2020 ont été définies par le fait que je suis entre plusieurs foyers. Autrement dit: Dieppe, pour moi, a été un lieu intermédiaire.

Ce n’est pas nouveau. Au cours des 15 années qui ont précédé 2020, j’ai voyagé sans cesse. Chaque fois que tous mes trucs étaient sortis des valises, je pensais: bien, il est temps de bouger à nouveau!

Beaucoup de mes collègues et amis expatriés, jeunes et mobiles, ont également estimé que la maison pour eux, était un endroit intermédiaire, car le fait de devoir voyager ou déménager tous les deux ans d’un pays à un autre signifiait souvent qu’ils ne pouvaient (ou ne voulaient) jamais investir suffisamment de leur temps, leur argent et leur personnalité dans l’espace où ils vivaient.

Le résultat de ne pas pouvoir personnaliser l’espace de vie avec ses propres meubles et effets personnels, c’est que les choses restent dans des boîtes qui encombrent la maison pendant des mois. A la fin on ne se sent jamais vraiment chez soi, même à la maison. Ce qui, je suppose, décrit ironiquement la vie de toutes les personnes mobiles de toute façon.

Quant à moi… l’année dernière, toute ma vie a été contenue dans une seule valise (et un bagage à main, mon ordinateur), qui a voyagé avec moi partout où je suis allé. Où que soit ma valise, j’étais chez moi, du moins pour une brève période. Pourtant, la présence même de la valise a également souligné que chaque endroit où j’ai séjourné n’était en aucun cas la maison.

Quelle vie! Et quel bonheur de me retrouver à Dieppe, une ville dans laquelle j’ai trouvé mes marques et qui m’apporte tant.

A force de voyage on n'a plus vraiment de chez soi. Je suis dédentaire à Dieppe.
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Billet et blog

Confinement à Dieppe, les débuts.

Dernièrement, je rêve d’endroits lointains et aussi de vieux amis, de Dieppe et d’ailleurs.

Je suis submergé par une agitation… une sorte de fièvre délicieuse, incapable de me concentrer sur l’instant, impatient et de mauvaise humeur. Je souhaite laisser tout tomber derrière moi, voyager à nouveau et simplement errer, comme je le faisais étant jeune adulte.

Je ressens un désir ardent de revoir des visages familiers: se sentir enveloppé de l’amour et de la générosité de vieux amis et de la famille qui ne sont pas ici autour de moi et avec qui je passe trop peu de temps. Je souhaiterais plonger et explorer les limites de ma propre imagination, les profondeurs de mes émotions, la beauté du monde qui m’entoure, y compris ici à Dieppe.

J’aimerais vivre une vie pleine d’émerveillement et sans conséquence autre que l’enrichissement de ma propre expérience et de mes connaissances, le bonheur et la bonne humeur des amis et de la famille qui m’entourent.

Voila à quoi je pense durant ce confinement.

En attendant de sortir à nouveau, je suis saisi par une sorte d’anxiété voluptueuse. Le genre que l’on ressent vivement quand l’été est proche, on s’assoit en se prélassant au soleil, en se délectant de la chaleur sur son visage. Le genre de sentiment qui vous donne envie de tout mettre de côté et de vous précipiter dehors!

A Dieppe comme partout en France le confinement s'impose pour sauver des vies
A Dieppe comme partout en France le confinement s’impose pour sauver des vies