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Billet et blog

La confrontation des croyances et des connaissances

J’ai expérimenté à de nombreuses reprises le pouvoir des croyances, comment elles prennent le dessus sur la réflexion, sur la recherche factuelle du vrai, sur ce que d’autres ont démontré par des expérimentations ayant pris des années. J’en garde principalement trois qui sont marquantes et fondatrices de mon état d’esprit.

L’arrêt des petites pilules

La première de ces expérimentations me fut douloureuse et salutaire. Elle fut douloureuse car d’une part j’ai pour la première fois de ma vie confronté le statu quo sur le sujet concerné avec mes propres recherches (et suis donc sorti de ma zone de confort), et d’autre part car elle eut pour objet ma propre santé. A l’âge de 25 ans, il m’a en effet été diagnostiqué une maladie auto immune et incurable. Celle-ci n’est pas mortelle mais elle rend la vie difficile, les symptômes n’en sont pas physiquement visibles, cependant je les ressens au quotidien. Après plusieurs années d’un traitement de fond assez puissant, dont les doses augmentaient d’une façon exponentielle, je dû me rendre à l’évidence: mon cas ne s’améliorait pas, et la voie médicamenteuse qui m’était proposée n’avait probablement pas d’issue.

J’ai donc commencé à rechercher les avis d’autres personnes, et de fil en aiguille j’ai pris connaissance que je m’étais jusque-là contenté de faire confiance à la médecine sans vraiment chercher à comprendre les mécanismes de mon propre corps. Je réalisais ainsi que beaucoup d’autres personnes avaient un niveau de compréhension bien supérieur au mien dans la compréhension de la pathologie. Ainsi mon retard s’est comblé, j’ai beaucoup lu, et je suis finalement arrivé à une bonne connaissance de la pathologie, de ses impacts physiques et des avancées de la recherche.

Parmi les nombreux billets, blogs et articles que j’ai parcouru en quelques semaines, j’ai rapidement identifié deux modes de pensées: certaines personnes affirmaient avoir ressenti une amélioration, voir une rémission, car elles avaient modifié leur mode de vie et principalement leur alimentation. Ces personnes détaillaient, preuves à l’appui, comment l’alimentation moderne pouvait affecter l’organisme, et déclencher la réaction immunitaire, et l’inflammation qui en découle. Le second groupe de personnes, prenant connaissance des retours d’expériences de ceux qui allaient mieux, calomniaient à tout va avec des affirmations manquant terriblement d’arguments. Ainsi, je fut confronté pour la première fois à la lecture d’arguments aussi imparables que ‘Si c’était aussi facile, tout le monde le ferait‘.

Cela fait environ 15 ans que j’ai modifié mon alimentation, que je me suis réapproprié la connaissance de ma pathologie, que j’ai arrêté la plupart des anti-inflammatoires, et je me porte bien.

L’autonomie financière

La deuxième de ces expérimentations fut professionnelle. Je débutais alors ma carrière, et un jour que nous étions à la pause-café un collègue me raconta comment l’un de ses amis accumulait des appartements afin de se créer un patrimoine, un avenir. A l’époque, il n’existait pas la profusion de contenus sur internet pour se documenter sur le sujet. L’objectif de cet ami n’était visiblement pas l’accumulation de richesses, mais l’atteinte d’une autonomie financière qui permet la résilience en cas de difficultés, la possibilité de se mettre en marge d’un système économique ou l’homme est considéré comme une ressource interchangeable, docile, et pour tout dire contraint. J’ai alors réalisé que la plupart des personnes m’entourant se contentaient jusque-là de leur travail de salarié pour assurer leur niveau de vie, mais également pour se préparer un avenir. Devant mes questionnements sur la possibilité de se créer un patrimoine important quasiment à partir de rien, de nouveau je fus confronté au ‘Si c’était vrai, tout le monde le ferait‘.

Je me suis documenté et je me suis affranchi de mes croyances pour franchir le pas, sortir de ma zone de confort, et atteindre la plupart des objectifs que je m’étais fixé dans le domaine financier.

Travailler moins pour jardiner plus

La troisième expérience concerne mes loisirs, mon rapport à la nature, et le bien être que je ressens pour les loisirs extérieurs. Je vis à Dieppe, je suis l’heureux propriétaire d’un jardin depuis 2017, que je cultive principalement pour des cultures de légumes, et quelques fleurs. Ayant une sensibilité pour l’alimentation saine et naturelle, il me semblait hors de question de cultiver ce jardin avec l’apport de produits chimiques. Je précise que fait aggravant, le jardin en question n’est cultivé que pendant le week-end, ce qui ajoute des questions d’entretiens, d’arrosage, et autres sujets en rapport avec le suivi de la croissance des végétaux. De nouveau, devant ma recherche de solutions saines et sans efforts pour cultiver ce jardin, je fus confronté à une pluie de contre arguments. Le fameux ‘Si c’était aussi simple tout le monde le ferait‘ bien entendu, mais aussi ‘fantasme d’autarcie‘, ou encore ‘Si tu n’arroses pas, si tu ne désherbes pas, si tu ne t’en occupes pas tu n’auras rien‘. Devant mes arguments faisant référence aux nombreuses heures de lecture, de visionnage de vidéos sur le sujet, je me voyais opposé une fin de non-recevoir, un scepticisme courtois, bref une perception de mon projet comme étant une nouvelle originalité d’un parisien bobo ayant pour fantasme la vie à la campagne.

Vous l’aurez compris, heureusement pour moi je n’ai pas tenu compte de ces remarques et je cultive aujourd’hui sainement mon potager. Les mêmes qui me critiquaient découvrent les bénéfices de mon mode de jardinage, bizarrement ceux qui avaient les critiques les plus virulentes ne déclinent pas les paniers de légumes avec lesquels ils repartent à l’occasion de leurs visites.

Mon propos ici n’est pas d’affirmer qu’il ne faut jamais tenir compte de l’avis des autres pour prendre ses propres décisions (surtout dans le domaine médical), mais d’illustrer que tout comme en bourse ‘Les conseilleurs ne sont pas les payeurs‘. En d’autres termes, les personnes qui conseillent d’une façon tranchée et virulente ne sont pas toujours celles qui ont un regard sur le sujet qui résulte d’un travail sur celui-ci, mais plutôt de croyances qu’elles ont hérité de leur éducation, ou des limites de connaissances que leur entourage leur permet d’acquérir.

Ceux qui me connaissent comprennent maintenant d’où vient l’une de mes questions clé lorsque nous débattons d’un sujet sur lequel il y a une différence d’opinion, cette question se résume ainsi : ‘ta position est-elle basée sur ce que tu sais, ou ce que tu crois ?‘. A maintes reprises elle m’a permis de démasquer des conseilleurs qui n’étaient vraiment pas des payeurs.

Le cerveau humain n’est pas constitué pour vivre sans la croyance parce qu’il a besoin de donner un sens à son environnement (…) La connaissance est une pointe assez rare de notre état mental.

Gérald Bronner
Gérald Bronner
Gérald Bronner

Par Patrick Cousi

Je suis amoureux de Dieppe depuis de nombreuses années, j'y vis et je communique largement sur l'esprit de cette ville et son mode de vie qui me conviennent parfaitement.

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